Quelle musique écoutez-vous/ art vous intéresse présentement ?
J’écoute beaucoup d’Emmitt Rhodes. Je n’en connais pas beaucoup sur lui, mais il a enregistré quatre chansons dans le garage de ses parents au début des années 1970. Il ressemble beaucoup à [Paul] McCartney, c’est remarquable. Nous avons trouvé son album, il y a environ deux semaines, lors de ma tournée. Nous l’écoutons souvent maintenant. Nous avons même un petit tourne-disque branché dans notre autobus. Nous l’avons trouvé à San Francisco. C’est incroyable. On peut même télécharger les chansons du disque en vinyle sur une clé USB pour ensuite les mettre sur un iPod. Nous écoutons aussi beaucoup de reggae, mais maintenant chacun a son iPod personnel (sauf moi). Ainsi, tout le monde est un DJ. Il y a presque trop de musique.
Pourquoi est ce que les gens, particulièrement les jeunes, devraient voter?
Si vous n’êtes pas impliqués, vous n’avez pas le droit de vous plaindre de l’état du monde. C’est tout simplement votre futur. Si vous en voulez un, impliquez-vous. N’essayez pas de vous tromper en disant : « Je ne suis pas une personne politique », puisque ceci est une déclaration politique en soi. Les gens doivent surmonter leur peur de cela.
Selon toi, est ce qu’il y a un lien entre l’art et la démocratie? Quel est ce lien?
Absolument. Le statut que l’art et les artistes ont occupé est celui «d’hors normes». Le rôle est d’être critique sur certaines choses et de réfléchir sur où est rendue la culture dans la société. J’ai toujours cru que les artistes représentent la conscience de chaque société. La place des artistes sur le spectre a beaucoup changé, devenant de mois en moins clair. Cela provient des coupures dans le budget des arts et du secteur corporatif qui prend le devant. La relation entre les deux définit le statut «d’hors normes» des artistes. C’est devenu presque comme naviguer à travers un champ de mines, tout en étant une évolution pourtant fascinante dans les derniers vingt ans. Lorsque tu vas dans une galerie et que tu réalises que ce qui était partagé auparavant, est maintenant sous le nom de Sony ou de Kellogg’s. Nous avons permis au monde du corporatif de payer pour cet espace et, en tant qu’artiste, tu dois suivre cette danse. Cette même danse qui devient dangereuse. Je ne crois tout de même pas que ce soit une direction démocratique. Par contre, tout est relatif. U2, pour leur dernier album, ont fait quelque chose de très intéressant. Je n’avais jamais vu U2 faire une annonce auparavant, mais ils ont fait une grande campagne publicitaire pour iTunes. Ils n’ont pas reçu de l’argent. Ils utilisaient la campagne d’iTunes pour parler de leur album (les membres de U2, en tant que consommateurs, étaient de grand supporteurs d’Apple et voyaient iTunes comme la meilleure alternative aux téléchargements illégaux).
Pourquoi t’impliques-tu dans ta communauté, alors qu’il est si facile de ne pas le faire?
Je ne crois pas que c’est facile à faire. Je crois que la plupart des gens sont élevés de manière à s’intéresser à leur communauté. J’ai grandi dans une banlieue et l’architecture de celle-ci empêche les gens d’être de vrais voisins, puisque ainsi chacun définissait son propre espace. Habiter dans le centre-ville, dans un endroit urbain ou dans une petite ville avec l’atmosphère d’un village nourrit l’engagement. C’est ainsi puisque nous côtoyons les gens dans notre quartier.
Le dernier recensement canadien m’a semblé fascinant. Un des éléments clés que les gens qui planifient la vie urbaine ont omis d’identifier est le déplacement des gens des générations plus âgées qui ne peuvent plus conduire. Cela devient un cauchemar, lorsqu’ils vivent en banlieue. Ils ne peuvent pas marcher au café ou même aller au dépanneur pour acheter du lait, sans que cela leur prenne des heures.
Le problème est que le développement en densité ne soutient pas assez les fonds publics (base d’imposition) pour un bon système de transport en commun ou pour un soutien à la maison de qualité. Ces manques entraînent de graves problèmes. Où j’habite à Toronto, il y a beaucoup d’Italiens, de Grecs et de Portugais qui habitent sur ma rue. Quelques-uns sont établis depuis plusieurs générations dans le même duplex. Tandis que plusieurs autres ont grandi ailleurs avant de déménager dans la banlieue, puisqu’ils croyaient que c’était la meilleure chose à faire.
La génération qui habite encore là se connaît depuis 50 ans. Je les vois souvent prendre un café, faire des muffins ensemble et se visiter les uns les autres. Ils sont tous engagés, ce qui rend la communauté vivante. Il y a tellement de dynamisme lorsque nous nous côtoyons, lorsque nous sommes engagés dans un vrai quartier. De plus, lorsque tu as une communauté qui te soutient toi ou tes enfants, tu es plus en sécurité.
Que recherches-tu chez un politicien ? Qu’attends-tu de ton député ?
Je recherche quelqu’un qui a une réputation d’être engagé dans la communauté. Tout commence par cela. Lorsque j’habitais au marché Kensington, Jack Layton et Olivia Chow habitaient à un coin de rue de chez moi. Je les voyais toujours se promener à bicyclette ou participer à des événements de la communauté. En voyant cela sur une base régulière, je savais qu’ils étaient authentiques. Je supporte cela.
Charlie Angus est un autre politicien que je respecte ; il représente un comté qui est au nord, autour de Timmins. Son comté a une plus grande superficie que la Grande-Bretagne. Je connais Charlie de Toronto, dans une autre vie, où il jouait dans un groupe punk innovateur nommé l’Étrange. J’ai joué dans quelques groupes de musique avec lui. Il est ensuite retourné dans le nord et j’ai été bien heureux d’entendre qu’il entrait dans la politique. Charlie n’a pas peur du changement et est entièrement dévoué. Il a mis un terme à certains héritages négatifs que le Canada a laissés aux communautés autochtones du nord. Ce fut le premier politicien qui s’est allié aux Kashechewans, un peuple dont les politiciens avant lui ne prenaient même pas le temps de visiter! Puisque j’ai des relations personnelles avec certains politiciens, je comprends que la vocation nécessite un grand dévouement. Je sens que c’est important de ne pas simplement jouer le jeu, mais d’avoir le courage de sortir des normes de temps à autre. De plus, je crois que les gens répondent favorablement à cela. Tu dois être un batailleur.
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